Voiles et voiliers d'Audierne
- Michel Van Praët

- il y a 22 heures
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Dernière mise à jour : il y a 5 heures
Ce blog illustre les voiliers du port d'Audierne depuis le XIXe siècle, à travers quelques gravures et tableaux ainsi qu'une sélection de cartes postales, parmi les très nombreuses, qui lui sont consacrées.
Ces vues du port et des gréements des navires, documentent l'évolution des activités maritimes de pêche, la motorisation des navires au milieu du XXe siècle puis l'émergence d'une nouvelle activité économique liée à la voile de loisir. À Audierne, cette dernière est liée au développement des colonies de vacances, puis des clubs nautiques à la plage de Sainte-Edwett depuis les années 1960.

C’est probablement l’une des plus anciennes illustrations, vers 1830, de bateaux sous voiles, en aval de l’enclos les Capucins qui domine la rive droite du Goyen, à l’entrée du port d’Audierne. À gauche du dessin, il est possible que de la Pylaie dessine deux canots à misaine remontant vers le port en tirant des bords (même si, sur un tirage ultérieur et colorisé, il semble ne s'agir que d'un seule canot). Le navire quittant le port s'apparente à un sloop ayant une coque à clins.
LE TRAIN, LES PEINTRES ET LES PHOTOGRAPHES À AUDIERNE.
L'ouverture de la ligne Douarnenez-Audierne et de la gare d'Audierne aux voyageurs en 1894, participe au développement économique de la pêche, mais aussi à celui d'un tourisme aisé qui attire artistes peintres et photographes.
Le port est le sujet de plusieurs oeuvres exposées au Salon à Paris dans les années 1900. Elles sont reproduites sous formes de cartes postales, voire à la fois de cartes postales et d'aquatintes comme le tableau ci-dessus de Fernand Legout-Gérard (1856-1924), puis un peu plus tardif celui des "Frères Kérisit" de Henri Royer (1869-1938). Ces oeuvrent contribuent alors à la notoriété d'Audierne. La compagnie des Chemins de Fer d'Orléans demandera à l'artiste Charles-Jean Hallo des affiches dont celle d'Audierne, symbolisant le Finistère sud, affiche qui sera également éditée en carte postale.
LES GRÉEMENTS D'AUDIERNE VUS PAR LES PHOTOGRAPHES À LA CHARNIÈRE DES XIXe ET XXe SIÈCLES.
Dès la fin du XIXe siècle, trois importants éditeurs de cartes postales documentent les gréements présents à Audierne. Il s'agit de Villard établi à Quimper, ainsi que de Lévy (LL) et de Neurdein (ND) établis à Strasbourg puis à Paris. Anglaret réalise d'excellentes photos de 1900 à 1903, ce qui permet de dater ses cartes postales avec précision. Ernest Le Delay (ELD) sélectionne et édite les meilleures vues de plusieurs des auteurs mentionnés ci-dessus.


Ces photos de Villard, Neurdein et Lévy, pouvant être datées d'avant 1904, témoignent de la coexistence des divers gréements : "canots à misaine", "canots à misaine et taillevent" (ex. LL 13 sous voiles) bien adaptés à la pêche sardinière en baie d'Audierne, et unités munis de gréements de "sloop".
Aperçu des sélections de vues esthétiques et dynamique par Le Delay.
À noter sur la carte n°56 (en haut à droite), le grand navire à quai, au haut mât muni de barres de flèche, entouré des canots non pontés faisant sécher leurs filets.
LES ANNÉES 1910-1930
Les photos témoignent du développement des sloops qui permettent des campagnes de pêche de plusieurs jours et des volumes de capture plus importants. D'après les archives maritimes, les années 1920 sont celles ou le nombre d'inscrits maritimes du quartier maritime d'Audierne est le plus élevé, de l'ordre de 4000, avant de baisser à moins de 2800 au cours des années 1930.
Contrairement à d'autres ports, les navires armés sur le quartier maritime d'Audierne pour pêcher langoustes et homards, ainsi que le thon, conservent dans les années 1930, un gréement de sloop (un mât avec une voilure aurique comme l'actuel Cap Sizun). Les principaux ports thoniers dont Groix, adoptent au contraire alors un gréement de dundee (deux mâts) permettant une exploitation semi-industrielle de zones de pêche plus élargies. C'est le cas du Biche qui fut actif de 1934 à 1956 et constitue le dernier témoin à toujours naviguer de ce type de thonier.
Vues des années 1910-1930. Photos de Lévy et Neurdein, Artaud, Nozais, Giffard.
C'est à cette époque que Charles-Jean Hallo crée en 1929 sa belle gravure de deux sloops dans le port d'Audierne, intitulée "Voiles à Audierne".
Concernant directement Audierne, il est également l'auteur de l'affiche de la compagnie des Chemins de Fer d'Orléans insérée au début de ce post.
Dans les années 1930 Artaud engage une collaboration avec le dessinateur Homualk qui créera des centaines de cartes postales, dont certaines, comme ci-dessous, évoquent Audierne. Son thème, des anciens regardant le port, est également présent chez l'éditeur de cartes postales Yvon.



Dans les années précédant la Seconde Guerre, les éditeurs Nozais, Artaud et Yvon lancent des cartes postales en couleur, réalisées par des peintres ou dessinateurs, dont certaines ont pour motif le port d'Audierne. La présence du clocher de l'église St-Joseph sur les cartes Artaud et Yvon permet de situer leur création, après son édification en 1934.
Trois très belles cartes des éditions Cornec d'Audierne et d' Yvon témoignent de l'activité du port et de la taille croissante des sloops à la veille de la Seconde-Guerre.
L'APRÈS-GUERRE, MUTATION DE LA VOILE AU MOTEUR.
La motorisation engagée avant-guerre s'amplifie et le paysage maritime du port d'Audierne se transforme. Les cartes postales mettent l'accent sur cette modernisation alors que les artistes de la fin des années 1940 témoignent de leur intérêt pour une flottille de voiliers de travail encore présente.
Cartes postales en noir et blanc puis en couleurs de l'éditeur audiernais Jean, ainsi que des éditeurs Jack, Jos, Yvon... qui consacrent de nombreuses cartes à la flotille motorisée ou les voiles de tapecul sont les derniers de l'appui à la motorisation pour une meilleur stabilité de navires dont les coques passent du bois au métal. Le thonier "AD 279032" quittant le port porte l'immatriculation "AD" qui remplace "Au" en 1975.
MAIS LA VOILE RETROUVE UNE JEUNESSE.
L'appareillage du "Au 2301", croisant l'arrivée d'une caravelle sur la carte postale Jos (MX 671) est symbolique d'une mutation où la voile de plaisance s'affirme parallèlement au développement des colonies de vacances dans les années 1960 et des clubs de voile implantés à Ste-Edwett.
Alors que les actuels pontons sont encore absents du port, les Vauriens y font l'animation le samedi, jour du marché.
Le sloop langoustier Cap Sizun (1991), rejoint en 2022 par le Jean Moulin (qui attend sa carte postale) contribuent à la mémoire des voiliers de travail.
Non exempte de nostalgie dans un premier temps, la valorisation de ce patrimoine maritime s'inscrit à présent dans une transition écologique où la conservation de savoirs accompagne y compris la formation de futurs professionnels d'un milieu maritime où la propulsion vélique retrouve une fonction.
Cette sélection d'illustrations est extraite de l'exposition présentée à Plouhinec les 5 & 6 avril 2026 dans le cadre du Salon des collectionneurs, organisé par Aphilacart.



















































































































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