• Michel Van Praët

La gare d'Audierne, en train pour Paris via Douarnenez grâce au Youtar.

En 1888, afin de contribuer au développement économique du Département, le Conseil général du Finistère décide la création de lignes de chemin de fer prolongeant les réseaux ferrés reliant Paris à Brest et à Douarnenez, via Quimper.

La ligne Douarnenez-Audierne ouvre aux voyageurs en janvier 1894, puis en février au trafic des marchandises. Le trafic marchandises répond au développement des importantes activités de pêche et des conserveries, tandis que le trafic des voyageurs répond à une demande locale mais également à l'émergence du tourisme et des excursions jusqu'à la Pointe du Raz. Le train relativement lent est appelé par les uns le Youtar (le mangeur de bouillie) et par beaucoup tren bihan, le petit train.


La gare et les voies ferrées sont construites sur un remblai en bordure du Goyen, à l'emplacement de l'actuelle Poste, de là le Youtar permettait de rallier Douarnenez via Pont-Croix, Beuzec et Poullan, 3 fois par jour, en moins d'une heure.

On voit au premier plan le bâtiment voyageurs et les transports à chevaux qui desservaient le Cap et menaient les touristes jusqu'aux hôtels de la Pointe de Raz et de la Baie des Trépassés, au second plan la halle aux marchandises (Carte postale de l'éditeur Neurdein, photo prise vers 1900).


Mais les voies du réseau départemental, d'un mètre de large, sont plus étroites que les voies ferrées de la Compagnie du Chemin de fer d'Orléans qui relient alors, depuis Douarnenez, les autres destinations, ce qui oblige à des transbordements complexes des marchandises.

En 1912, pour répondre au développement agricole du Cap Sizun et du Pays Bigouden, une nouvelle voie relie Pont-l'Abbé, via Pont-Croix grâce au train populairement appelé le "train Carotte".
















Affiche de promotion touristique de 1921, éditée par la compagnie du "Chemin de Fer d'Orléans" qui exploitait la ligne Douarnenez-Paris via Quimper et Rennes.



En 1927 un autorail contribue au développement du trafic des passagers et à l'expansion du tourisme par contre le trafic des marchandises diminue après la crise économique de 1929.


En 1935, le contexte économique conduit la Préfecture et le Département à privilégier le transport routier, à planifier l'arrêt des lignes secondaires et à déposer immédiatement certaines voies ferrées, dont celle reliant Pont-Croix et Pont l'Abbé.

La liaison Audierne-Douarnenez, alors empruntée par plus de 70.000 voyageurs par an, est provisoirement sauvée par le Département au motif qu'elle "dessert une région agricole, maritime et industrielle, l'été dernier il y circulait 12 trains quotidiens (...et que) cette ligne n'a jamais été déficitaire » (M.Perrot, commission d’octobre 1935).

Le Département donne alors la concession de la ligne et du réseau d'autocars à une même société, qui privilégie ses transports routiers et ferme la ligne ferroviaire en février 1939.

Avec l'entrée de la France en guerre, les pénuries de carburant réduisent le trafic routier et conduisent à la réouverture de plusieurs petites lignes ferroviaires dont celle de Douarnenez à Audierne à la mi-septembre 1941. Son trafic est en partie soutenu par l'effort de guerre de l'occupant allemand, mais ... la ligne ferme définitivement le 30 novembre 1946.


La gare à la fin du XIXe siècle, avant l'extension des voies réalisée pour accueillir en 1912 le train Carotte de Pont l'Abbé (Carte postale de l'éditeur Villard).

La gare à la fin de sa période d'exploitation vers la fin des années 1940. Le remblai pris sur le Goyen a été élargi dans les années 1910 pour permettre l'arrivée des trains de Pont l'Abbé.

(d'après une photo de R. Henrard vers 1950 pour l'éditeur de cartes postales Greff)


A la fin des années 1950, les voies ferrées ont disparu et, pour partie, laissé place au bâtiment de l'Inscription maritime, mais le bâtiment des voyageurs n'a pas encore été détruit. (d'après une photo prise vers 1960, diffusée par l'éditeur de cartes postales Combier)



Aujourd'hui, les voies et la gare ont malheureusement été détruites et ne subsiste plus que le bâtiment de "la réserve des machines", en bordure de la rue Lamartine et du parking du Stum (Photo MVP 2020).



En longeant le Goyen jusqu'à Pont-Croix par le sentier pédestre, vous pouvez retrouver le cheminement du Youtar et quitter Audierne selon son ancien trajet puis emprunter le pont qu'il franchissait à l'entrée de l'anse de Suguensou.

Sur cette photo prise vers 1900 le Youtar arrive de Pont-Croix tractée par une locomotive à vapeur "Corpet 030 T n°12" de 15 tonnes qui équipa la ligne à partir de 1896 (Carte postale de l'éditeur Neurdein).






Pour en savoir plus :

Chapuis Jacques. 1970. Lignes secondaires du S.-O. de la Bretagne. La Vie du rail n°1229.

Chapuis Jacques. 1983. Les voies ferrées départementales du Finistère. Chemins de fer régionaux et urbains, n° 175 et 176.

Duigou Serge. 1984. Quand bringuebalait le train youtar. éd. Ressac (Quimper).


Photo et cartes postales collection personnelle.


 

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