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Bateaux d'Audierne et artistes des années 1940

Nos recherches historiques en vue de la célébration des 80 ans de la Libération d’Audierne le 20 septembre 1944, furent l’occasion de croiser, de manière imprévue, plusieurs problématiques artistiques.

La première d’entre elles se formalisa en 2022, à l’occasion des recherches en vue de la restitution de deux toiles de Lionel Floch (1895-1972), que la famille d’un sous-officier de la Wehrmacht, en poste à Audierne pendant la Seconde Guerre mondiale, souhaitait remettre aux propriétaires légitimes.

À quelques mois d’intervalle, Sylvie Le Bour évoqua les créations durant l’Occupation de l’artiste allemand Friedrich Becker (1899-1944) dans le second volume de "Audierne au fil du temps". En 2022 également, le catalogue de l’exposition consacrée à Yann Durest (1913-1977) au Marquisat de Pont-Croix, mentionna des œuvres de celui-ci durant l’Occupation et le passage en 1941, dans le Cap Sizun, de son ami Claude Venard (1913-1989) qui intégra par la suite dans de nombreuses compositions post-cubistes des éléments évoquant deux éléments emblématiques d'Audierne, le mât Fénoux et le môle du Raoulic.

Claude Venard fut l’un des acteurs de la création, en 1943, de l’association « Salon de mai » réunissant des peintres, sculpteurs et graveurs s’opposant à l’idéologie nazie et à son concept de « l’art dégénéré ».

 

Parmi les artistes ayant également contribué, pendant l’Occupation, à la conception du « Salon de mai », au moins deux autres artistes, Raymond Moisset et Roger Vieillard, vont, peu après la Libération, évoquer la flotte de pêche d'Audierne dans leurs créations.

De manière convergente, ils structurent leurs créations par les triangulations des gréements, ce qui conduit à évoquer deux autres artistes Fernand Dubuis et Marc Aynard, qui partagent cette approche artistique ainsi que leur engagement sous l'Occupation.

 

Raymond Moisset (1906-1994), artiste peintre, expressionniste, puis abstrait à compter de la toute fin des années 1940.

À partir de 1942 il participe avec le critique d’art Gaston Diehl à la conception du « Salon de mai » ; il y exposera dès sa première édition en mai-juin 1945, puis pendant 25 ans.

 « Abstraction au port d’Audierne », R. Moisset 1949, gouache et pastel sur Canson (29 x 27,5 cm).

L'ouvrage de Lydia Harambourg  « Raymond MOISSET toiles de 1947 à 1965, Galerie Arnoux Art abstrait 1910-1960 Peintres connus ou méconnus », couvre la période de création de l'oeuvre ci-dessus.

 

Roger Vieillard  (1907-1989) graveur buriniste et illustrateur français.

Il participe à la création du « Salon de Mai » et, ainsi que Claude Venard, est membre de son comité directeur dès la première exposition, en mai 1945.

Pour Roger Vieillard « La ligne du burin est ainsi capable d’interprétations impossibles à la peinture et au dessin. Sa sensibilité est plus vive. Quant au cuivre, le travail terminé, il n’est plus une surface. Il devient un espace et prend trois dimensions ». Cette volonté tridimensionnelle rend bien la richesse du gréement dans la gravure ci-dessous.

Il fut président de la Société des peintres-graveurs français et membre de l'Académie des beaux-arts dans la section de gravure.

« Bateau à Audierne », burin, Roger Vieillard,1953 (19x15 cm).


L’interprétation des gréements et la force des triangles dans ces deux oeuvres de Moisset et Vieillard, évoquent « Le chalutier à Audierne » l’une des dernières œuvres figuratives du peintre abstrait Fernand Dubuis (1908-1991). Alors qu’il est établi à Paris depuis 1930, il retourne en Suisse et y sera « officier d’artillerie de montagne » de septembre 1939 à la fin de la Guerre, avant de revenir s'installer en France à la Libération.

« Chalutier à Audierne  », huile sur Isorel, Fernand Dubuis, non datée (54x36 cm).

Le bel ouvrage « Fernand Dubuis. Le génie de la couleur » de Philippe Clerc (éd. Mare et Martin, 2021) retrace l'ensemble de l'oeuvre du peintre.

L'huile ci-dessus pourrait avoir été réalisée peu avant l'occupation de la Pologne par l'Allemagne nazie qui conduit à son engagement personnel dans l'armée Suisse.


Marc Aynard (1898-1983) fut un artiste essentiel de l’histoire des arts à Lyon dans l’Entre-Deux-Guerres et le chef de file du « groupe des Nouveaux » avec qui il exposa à Lyon.

Ses tableaux sont rarissimes car son atelier et ses toiles furent détruites parallèlement à sa déportation.

Les réunions organisées dans son atelier, avec le résistant et maire délégué de Lyon, Georges Villiers, conduisent en effet à l’arrestation de Marc Aynard et à sa déportation vers Buchenwald, puis Dora. Seules quelques toiles ont été redécouvertes en 2020.

« Audierne » gouache sur Canson, Marc Aynard non datée (48x32 cm).


De retour de déportation, Marc Aynard ne retrouva jamais complètement l'énergie créative qui était la sienne entre sa sortie de l'école des Beaux-Arts de Lyon et sa déportation à Dora où il rencontra peut-être certains des déportés audiernais.

Cette grande gouache sur Canson, simplement titrée « Audierne », n’en demeure pas moins une émouvante évocation du port d’Audierne par un artiste résistant-déporté. Comme les artistes précédents, il structure cette esquisse par les triangulations inversées de haubans, voiles, perches et mâture des thoniers, dans cette gouache du début des années 1960.

Avant-Guerre, Marc Aynard avait illustré l'ouvrage « Chansons pour toi » d'André Yonnick, publié en 1936 à Lyon, dont plusieurs poèmes évoquaient la Bretagne, mais il n'a pas été possible d'y confirmer alors la venue du peintre, même si deux illustrations sont en rapport avec elle.


Nous remercions les propriétaires des 4 oeuvres pour l'autorisation de les reproduire ici.

Merci également à Raymond-Louis Quillivic et Didier Gloaguen d'avoir confirmé le début des années 1960 comme période de création de la gouache de Marc Aynard ; Didier suggère même que le chalutier soit le « Tonton Lom » armé en 1961.

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