De l'école publique du Stum à l'école Pierre Le Lec.
- Michel Van Praët

- 16 août
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 août
Ce post illustre la transformation, des années 1930 aux années 1970, de l'école communale du Stum à Audierne. Comme de nombreuses écoles de l'enseignement primaire, elle délivrait un enseignement de la maternelle au cours complémentaire, préparant au certificat études, à l'accès à l'École normale et au lycée. Elle devint en 1952 le groupe scolaire Pierre Le Lec.
Dans les années 1880, avant l'ouverture de l’école « du Stum » en 1891, Audierne n’a pas de bâtiment communal pour une école publique de filles, seules certaines d’entre elles bénéficient d’initiatives en partie privées.
Les garçons sont, quant à eux, accueillis à la mairie à partir de 1848 ; dans les années 1880 ils y sont répartis dans 3 classes cumulant près de 300 élèves !

Vue vers 1880 du port, au niveau de l’actuel quai Jean Jaurès.
À partir de 1848, la mairie de l'époque abrite les classes de l’école communale des garçons. Dans les années 1880, une cour, un préau et des toilettes sont établis à côté, à l’emplacement de l’actuelle mairie.
Pendant plusieurs décennies le Préfet rappelle ses obligations au Conseil municipal d’Audierne qui, pris dans des tensions quant à l’achat des terrains nécessaires et une absence d’allant à subventionner une école communale et des postes d'enseignants, n'ouvrira la première aile de l'école du Stum qu'en 1891.

Carte postale colorisée (Levy éd. vers 1900) prise à la charnière des XIXe et XXe siècles, avec le long bâtiment de l'école du Stum face au port et, de part et d'autre de la cour, ses deux pavillons pour les logements des enseignants, en bordure du quai.
L’école « du Stum » est construite à l’emplacement de l’actuel groupe scolaire « Pierre Le Lec » à la fin des années 1880, avec l’aile gauche pour l’école des filles ouverte en 1891. L’école des garçons achevée deux ans plus tard occupe l’aile droite. Le groupe scolaire comprend également une école maternelle dont les classes, dites classes enfantines (CE) sont initialement dans l’école des filles.
Le groupe scolaire reçoit les élèves au-delà des actuels classes de « cours moyens », dans les classes de « cours complémentaires » et délivre le « certificat d’études ».
Dans l'Entre-Deux Guerres élèves et enseignants posent dans la cour pour la photo.
Seules les classes enfantines sont mixtes. Pour ce grand jour des chaussures peuvent remplacer les sabots. Parmi les enseignants, Mme Duval en blouse blanche.
Pas de photos des années de Guerre mais d'intéressants comptes-rendus des Conseils des maîtres durant l'Occupation et les années qui suivent la Libération.


Extrait du Conseil des Maîtres du 12 octobre 1943 témoignant des difficultés à maintenir l’enseignement sous l’Occupation.
Le compte-rendu fait état des difficultés : l’enseignement est réparti sur 6 jours, à raison de 4 heures, dans des classes qui ne sont pas chauffées. Il précise également les risques liés aux combats possibles et les modalités d’évacuation des élèves en cas de bombardements.

Extrait du Conseil des Maîtres du 10 octobre 1944, 3 semaines après la Libération d’Audierne.
Le compte-rendu fait état de l’hommage à l’instituteur Pierre Le Lec mais aussi de la rareté des fournitures, de la nécessité de raccourcir les devoirs vu les difficultés d’éclairage au domicile des élèves...
Le sujet de la conférence pédagogique témoigne également du contexte historique de la Libération : « Comment l’école primaire peut-elle contribuer au relèvement de la France nouvelle ? ».
Le sujet de la conférence pédagogique débattu lors d'un conseil spécial des maîtres du 12 octobre 1945 témoigne d'un autre aspect du contexte historique de la Libération : « La méthode active dans l'enseignement du vocabulaire à l'école primaire ». Ce thème est lié à la réflexion sur la réforme de l'éducation lancée par le Conseil national de la Résistance et alors confiée à la commission présidée par Paul Langevin et Henri Wallon.

L’instituteur Pierre Le Lec est abattu le 7 août 1944 lors de fouilles des maisons de la place Gambetta par la Wehrmacht.
Ces fouilles et tirs font suite à la tentative de libération d’Audierne par la Résistance, lors des combats du 4 au 7 août.
Audierne, et le Finistère, ne seront définitivement libérés qu’après la reddition des derniers Occupants le 20 septembre 1944.
L’école du Stum deviendra le groupe scolaire Pierre Le Lec par arrêté du ministère de l’Éducation nationale en 1952.

Carte postale des années 50 (Artaud éd. Nantes), le groupe scolaire est renommé en 1952 "Pierre Le Lec".
Dans la première partie du XXe siècle, le bâtiment initial est surélevé d’un étage au centre et agrandi à plusieurs reprises. Les cours des filles et des garçons sont séparées par un mur bordé, de part et d’autre, de préaux.
Dans les années qui suivent la Libération la tradition d'une photo annuelle de chaque classe reprend. Les élèves posent dans la cour, devant la façade de l'école parfois sans leurs maîtres : petit aperçu de l'année 1949
Sur la 2e photos, les enseignantes sont Mme Caugant à gauche et Mme Bourdon à droite. Les deux premières photos sont celles de classes enfantines (CE) les seules à être mixtes jusqu'en 1972-73.
Sur la 4e photo (5e/6e), les enseignants sont M. Guillou à gauche et M. Bourdon à droite.
Dans le contexte de rationnement et reconstruction, le port des sabots apparait fréquent sur les photos des années qui suivent la Libération, voire plus fréquent que sur photos des années 1930.
Jusqu’en 1950 le règlement intérieur de l’école rappelle d'ailleurs, chaque année, que les élèves doivent "quitter et ranger leurs sabots avant d’entrer en classe" et qu'il faut économiser les fournitures.
Le début des années 1950, c'est aussi l'époque de l'aménagement du stade de Locquéran et des festivités qui l'accompagnent.
L’aménagement du stade Locquéran sur les terrains que la commune d’Audierne possède à Plouhinec est l’occasion de festivités scolaires en 1952. Une autre partie des terrains de la commune d’Audierne seront cédés quelques années plus tard pour la création du collège.
... et la reprise des kermesses et fêtes des écoles avec les maîtres, les parents et l'Amicale laïque. Le conseil des maîtres du 1er octobre 1945 propose "d'organiser pour Noël une fête dont la rapport servirait aux étrennes des enfants".
Vues de fêtes et kermesses scolaires des années 1945 (1ère photo) au début des années 1960.
Le Conseil des maîtres d'octobre 1950 met en place une réorganisation des enseignements avec la création d'un enseignement de 2e langue étrangère pour favoriser l'accès des élèves des classes de cours complémentaire au lycée. Le Conseil se félicite également du succès d'un élève au concours d'entrée à l'École Normale de Quimper.


Les photos des années 1960 comprennent, comme les années précédentes, des photos "posées" dans la cour mais aussi des photos en classe avec les tables pour deux et les encriers intégrés aux bureaux.
La première photo est celle de la classe de CM de M. Le Bihan. La dernière est celle de la classe de 3ème de Mme Piriou.
1969 est marqué par un drame qui va conduire au remplacement du bâtiment de 1891 par l'actuelle construction.
Le 28 novembre 1969, une forte explosion de gaz dans le logement de fonction du pavillon ouest, endommage le quartier et l’ensemble du groupe scolaire.
Edition locale de Ouest-France des 29 et 30 novembre 1969 et photos Jean Kerisit.
La municipalité fait le choix de ne pas restaurer l’école mais de la déconstruire en presque totalité. Elle considère que la solution de construire, ce que l’on appelle alors un « bâtiment industriel » permettra de rouvrir plus rapidement le groupe scolaire.
Même si les travaux extérieurs ne sont pas totalement achevés, la rentrée s’effectue moins d’un an plus tard, le 18 septembre 1970, dans le bâtiment actuel.
De décembre 1969 à l’été 1970, les cours se déroulent principalement au château de Locquéran qui avait été transformé un temps en établissement professionnel de jeunes filles à la Libération. Des élèves des cours complémentaires ont également été accueillis au château de Keristum qui était alors une colonie de vacances de la ville du Mans.

Carte postale des éditions Jean à l'achèvement du nouveau bâtiment qui accueille les élèves le 18 septembre 1970.
Mais les classes ne sont toujours pas mixtes !
Extrait du Conseil des Maîtres du 21 septembre 1972 : l'introduction de la mixité... et la fin de ce post.
Suite à une précédente réunion du Conseil des maîtres qui refusait d’introduire la mixité des classes (l’expression est alors « la coéducation »), de crainte qu’elle ne se traduise par la suppression d'une classe, les garanties de l’Inspection académique de maintenir le nombre des classes conduisent à l’introduction de la mixité à partir de l’année 1972-73.

Nous remercions l'Amicale laïque pour l'accès à ses archives de plus de 300 photographies, ainsi que les 900 visiteurs de l'exposition présentée du 5 au 26 juillet 2025 à la galerie "Le Dessus des Halles" d'Audierne. De nombreux visiteurs ont enrichi la documentation de souvenirs, de noms et parfois de photos originales.
L'histoire de l'école laïque et des écoles catholiques d'Audierne (Sainte-Anne ouverte en 1898 et Saint-Joseph ouverte en 1936) est plus largement traitée par Paul Cornec dans Audierne au fil du temps, Tome 1, 2021, éd. du Cap-Sizun Audierne.
Textes des dictées du certificat d'études soutenues à l'école du Stum en 1942 et proposées aux visiteurs de l'exposition lors d'animations.


















































































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