Les cétacés vus du Cap.

Dernière mise à jour : 24 avr. 2020

Notre imaginaire est empli de cétacés, qu'ils s'agisse des "frères marins" de la mythologie grecque aux Contes des Mille et Une Nuits, du Livre des Rois à l'Ancien Testament et aux sourates du Coran avec Jonas, du Capitaine Achab et Moby Dick d'Hermann Melville aux péripéties de Pinocchio chez Disney ...

Ce blog, qui se veut attaché au Cap Sizun ne nourrira notre imaginaire que de deux aspects locaux: leur représentation artistique et une évocation des prémisses de leur étude scientifique.


Anne-Emmanuelle Marpeau. Naufrage de l'Essex, 20 novembre 1820.

Le naufrage de l'Essex inspira à Herman Melville son roman Moby Dick publié en 1851 à Londres sous le titre initial The Whale.

http://anneemmanuellemarpeau.com/


Du statut de poisson à celui de mammifère.

Si Aristote regroupe les cachalots, dauphins et baleines dans le groupe des cétacés, il les place parmi les poissons et ce classement erroné demeurera jusqu'au XVIIIe siècle. Ce n’est qu’en 1752 que Buffon, écrit dans son ouvrage Histoire naturelle « que les cétacées ont beaucoup de ressemblance avec les quadrupèdes dans la conformation intérieure, et même en quelques parties de l’extérieure… » et il attire rapidement l’attention sur les conséquences de la chasse de ces mammifères marins: « On a bien remarqué depuis qu’on a commencé la pêche, ou plutôt la chasse de ces grands animaux, qu’ils se sont retirés des endroits où l’homme alloit les inquiéter. On a de plus observé que ces premières baleines, c’est-à-dire, celles que l’on pêchoit il y a cent cinquante et deux cents ans, étoient beaucoup plus grosses que celles d’aujourd’hui : elles avoient jusqu’a cent pieds de longueur. » (Buffon. Histoire naturelle, 1755, Tome V supplément)


La faiblesse des connaissances a longtemps conduit à diverses erreurs, y compris à prendre comme dans cette gravure leurs membres antérieurs pour des oreilles.

Echouage d'un cachalot sur la côte des Pays Bas en 1598 (gravure de W. Van der Gouven d'après un dessin de Hendrick Gatzius).

Des études scientifiques appellent depuis près de 3 siècles à leur protection.

Lacépède, poursuit la publication de l'Histoire Naturelle de Buffon dont, en 1804, un ouvrage consacré à la connaissance scientifique des cétacés et insiste sur le danger qu’ils encourent : « … lorsque l’art de la navigation a commencé de se perfectionner, et que la boussole a pu diriger les marins parmi les écueils des mers les plus lointaines et les ténèbres des nuits les plus obscures. L’homme attiré par les trésors que pouvoit lui livrer la victoire sur les cétacées, a troublé la paix de leurs immenses solitudes, a violé leur retraite, a immolé tous ceux que les déserts glacés et inabordables des pôles n’ont pas dérobés à ses coups ; et il leur a fait une guerre d’autant plus cruelle qu’il a vu que des grandes pêches dépendoient la prospérité de son commerce, l’activité de son industrie, le nombre de ses matelots, la hardiesse de ses navigateurs, l’expérience de ses pilotes, la force de sa marine, la grandeur de sa puissance. C’est ainsi que les géans des géans sont tombés sous ses armes […] ils ne cesseront d’être les victimes de son intérêt que lorsque ces énormes espèces auront cessé d’exister […] elles n’ont plus d’asyle que dans le néant »

(Bernard-Germain Lacépède. Histoire naturelle des cétacées. 24 nivose an 12).

Les citations adoptent l’orthographe du XVIIIe et du début du XIXe siècle, en particulier pour « cétacée ».

Lacépède cite dans son ouvrage les observations de M. Chappuis qui disséqua, en partie, un spécimen d'un groupe de 31 cachalots échoués au Cabestan en mars 1784.

Cet échouage fit l'objet de nombreux témoignages, en avril 1784 dans le Mercure de France par l'Abbé Le Coz, puis en juin dans Le Journal des Sçavans par Le Bastard de Mesmeur, Lieutenant-général de l'Amirauté de Cornouailles.

Avant même l'ouvrage de Lacépède, les mesures et croquis de Chappuis furent mobilisés pour l'article et l'illustration sur "Le cachalot " publié en 1789 dans le Tableau encyclopédique et méthodique des trois règnes de la nature (Joseph Pierre Bonnaterre, p.12-14, Planche 7 reproduite ci-dessous). Cet ouvrage complète l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert de nombreux articles d'histoire naturelle.

Comme on le voit ci-dessous l'illustration de l'échouage d'Audierne eut, jusqu'à aujourd'hui, un large écho.



L'importance de l'échouage d'Audierne dans la description scientifique du cachalot macrocéphale.

Les connaissances scientifiques s'appuyant largement sur l'étude d'échouages jusqu'au début du XIXe siècle, les rares illustrations sont reprises par différents auteurs. Comme on le voit ci-dessus, l'illustration publiée en 1789 dans le Tableau encyclopédique et méthodique des trois règnes de la nature (ouvrage qui complète l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) gravée à partir des mesures et croquis de M. Chappuis, témoin de l'échouage de 31 cachalots au Cabestan en 1784 (illustration du haut) est reprise dans l'ouvrage de Lacépède sous forme une gravure inversée (illustration médiane) où a disparu la mention précisant qu'il s'agit d'un spécimen échoué à Audierne. A partir de 1825, dans les éditions ultérieures de l'ouvrage, l'animal est mis en couleurs et figuré en position d'échouage (illustration du bas), sans que le décor évoque ou mentionne l'anse du Cabestan.

Aujourd'hui, des originaux et reproductions de ces illustrations sont vendues et largement diffusées sur le net mais ... Audierne n'est plus associé à l'échouage initial pour l'immense majorité des utilisateurs de ces illustrations à travers le monde.


L'étude scientifique de cachalots et baleines bleues du Cap au XIXe siècle, Audierne à nouveau mobilisée.


A la fin du XIXe Georges Pouchet, professeur d’Anatomie au Muséum national d'Histoire naturelle, collecte des dizaines de squelettes afin de préciser la connaissance des cétacés et de créer un « Cetaceum, comprenant tout ce qui concerne l’histoire des Cétacés vivants et fossiles » et souligne que la collection du Muséum « est sans conteste la plus complète qui existe au monde ». Il en détaille 29 spécimens et souligne que deux d'entre eux viennent d'Audierne et de Sein « … - 19. B. musculus de l’embouchure de la Somme, en 1829. Long. 11,5m […] - 20 B. musculus (1881-2658) jeune de l’Ile de Sein [...] 26. Physeter macrocephalus, tête d’un des individus échoués à Audierne en 1784... ».

Pouchet revient sur l'origine du spécimen issu de l'échouage de 1784 cité précédemment:

"... le plus célèbre et le plus étonnant tout (...) de ces échouages est celui d’Audierne, en 1784. Nous en avons un récit détaillé par l’abbé Le Coz, alors principal du collège de Quimper, et qui devint après la révolution, archevêque de Besançon. Le dimanche 14 avril, sur les six heures du matin, la mer étant grosse et le vent soufflant avec violence du sud-ouest, on entendit des mugissements extraordinaires qui partaient d’une petite crique. Deux paysans qui allaient par la grève à u