• Michel Van Praët

20 SEPTEMBRE 1944: LIBERATION DU FINISTERE / LIBERATION D'AUDIERNE

Mis à jour : sept. 20

Le 20 septembre 1944: la reddition des dernières troupes d'occupation à Audierne marque la libération du Finistère.


Début août les troupes allemandes présentes sur l'île de Sein et à la Pointe du Raz, se replient sur le bastion de Lézongar (Esquibien) dont les fortins s'étendent jusqu'à l'embouchure du Goyen et dominent la plage de Trescadec (Audierne). Elles ont précédemment détruit les installations de signalisation maritime, de radars et de transmission sur Sein et à la Pointe du Raz.


Les fortifications de la rive gauche du Goyen sont encore très visibles. Par contre, sur la rive droite, le bastion de Lézongar et les fortification au-dessus de la plage sont difficiles à observer.

Certaines sont incluses dans des constructions ou dissimulées par la végétation, comme celle ci-dessous.




Courant août des combats navals en Baie d'Audierne, en particulier celui du 23 août, accroissent un peu plus le nombre de militaires allemands présents à Lézongar.

En août et septembre, les mouvements des troupes, qu'il s'agisse d'évacuations ou de venues de renforts dans le Cap Sizun, sont perturbées par les actions de la Résistance.

Le 6 août une tentative de libération d'Audierne tourne court et plusieurs civils sont exécutés, par contre le 26 août la Résistance parvient, en dépit de la faiblesse de son armement, à empêcher l'évacuation d'environ 200 Allemands vers Brest par la mer. Cet épisode des combats de Lesven (Beuzec-Cap-Sizun) constitue la principale bataille terrestre sur le Cap Sizun. Elle permet à la Résistance d'augmenter son armement et d'être désormais en mesure d'immobiliser les troupes d'occupation dans Lézongar et ses fortifications immédiates. Le commandant de la base refuse néanmoins, à plusieurs reprises, toute reddition.


Divers témoignages offrent un éclairage des évènements qui vont conduire à la reddition du 20 septembre 1944.


Des stratégies différentes se font jour, fin août, au sein de la Résistance. Albert Trividic (Instituteur à Plouhinec, responsable du Front national et lieutenant FTP dans la "Compagnie Hoche") écrit:

..."Il reste 300 Allemands dans les redoutables casemates de Lézongar en Esquibien.

Divergences entre Résistants sur la tactique à prendre. Le Commandant Plouhinec veut lancer nos troupes à l'assaut des casemates. Nos troupes sont peu aguerries et assez mal armées.

Je m'oppose formellement à un tel projet, et je ne suis pas le seul.

Finalement nous décidons d'encercler la casemate et d'attendre. Nous tirons sur les ennemis qui veulent sortir. Certains se rendent, d'autres rebroussent chemin. Le siège aurait pu durer assez longtemps. Mais, après la libération de Brest, une colonne américaine vient précipiter les évènements. Elle a des canons et quelques avions...".


Alors que Brest est détruite, mais libérée, et que le commandant allemand replié sur la presqu'île de Crozon signe sa reddition le 19 septembre, la poche d'Audierne-Esquibien demeure le dernier secteur du Finistère occupé par des troupes allemandes.


Mme Jeanne Le Borgne épouse Trividic écrit:

..." Je suis entrée dans la Résistance, au Front national, le 2 janvier 1942 ... moi comme directrice de l'école publique des filles ... A partir du 2 janvier 1942, mon école et mon appartement de fonction ont souvent servi de relais et de planque à la Résistance, de cache pour les tracts anti-allemands et pour le revolver (avec 24 balles) de mon père, revolver dont la Résistance a eu besoin plusieurs fois .... Courant août 1944 la "compagnie Hoche" du bataillon "Commandant Fernand" de Douarnenez installa son PC dans mon école alors que les Allemands occupaient encore Audierne située à 5km. Elle y restera jusqu'au 20 septembre 1944, date de la reddition de la poche d'Audierne...".


Après un contact entre la Résistance et l'US Army le 19 septembre, la décision est prise d'attaquer le bastion de Lézongar le 20 septembre.

Yvonne Trividic écrit:

"... Un jour (le 19 ndlr), n'ayant sans doute personne de disponible près d'elle, ma mère me demanda d'aller porter un message oral (qu'elle me fit répéter deux ou trois fois) aux résistants de Stang Yen: "Demain, huit heures moins le quart". Je suppose qu'un adulte est passé après moi pour confirmation. Ce canon a tiré le premier coup de l'attaque des casemates de Lézongar. Les américains ont fait la suite...".


La Résistance dispose alors de très peu de pièces d'artillerie, dans le cas présent elles sont situées sur la rive gauche du Goyen à Plouhinec, la principale étant située au lieu dit Stang Yen sans possibilité de réglage visuel de la visée des tirs sur les fortifications de Lézongar.

Séraphin Donnart écrit:

"... Je suis entré dans la Résistance au début de l'année 1944, à 16 ans. (...) Nous étions très jeunes, trop jeunes et participions à différentes actions. Nous portions le brassard FTP et étions armés. (...). J'ai été agent de liaison lors de l'attaque des casemates de Lézongar. J'étais chargé d'apporter des messages au Canon de Stang Yen tenu par les Résistants, aidés de deux soldats russes échappés d'Allemagne. J'étais en observation au premier étage du clocher de Plouhinec. Louarn, un ancien gendarme appelé Chiquito, dirigeait le tir (...) Nous regardions à l'aide de jumelles les endroits où tombaient les obus. Les copains du second étage notaient, sur un papier, les points d'impacts et m'apportaient ce papier que je remettais au canon de Stang Yen. J'avais une bicyclette pour faire la navette ...".


Albert Brun donne une intéressante description des événements du 20 septembre:

"... Le 20 septembre, rendez-vous à 9h30 sur la route de Pont-Croix Audierne entre les deux chefs (Général Earnest US Army et Colonel Plouhinec FFI ndlr). Stupéfaction ! Le général US rend compte qu'il vient de recevoir l'ordre de faire route sur Bruxelles. Le général US exprime ses regrets au colonel Plouhinec. Celui-ci s'emporte: Soit, dit-il, nous attaquerons seuls, le bastion de Lézongar avec nos seuls moyens. Une 1/2 heure plus tard, le général US fait une proposition : on ne parlera pas de cela à la presse. En cas où elle parviendrait à la connaissance du haut commandement US on donnerait la version suivante : le général Earnest avait envoyé des automitrailleuses à Audierne venant de la presqu'île (de Crozon ndlr). Celles-ci se sont trouvées en difficulté, le général s'est vu dans l'obligation de les secourir avec des chars et, c'est au cours de l'engagement que le bastion est tombé.

Dans la nuit du 19 au 20, les troupes FFI s'étaient déjà repliées pour laisser l'artillerie bombarder la position. Vers 10h30, les Américains ouvrent le feu. Les Allemands se terrent dans les blockhaus.

A 14h attaque générale: FFI et US se déploient pour l'assaut final mais les Américains semblent avoir des ordres pour interdire aux Français de rentrer dans l'ouvrage, craignant sans doute pour les prisonniers Allemands.

Les FFI malgré cela, forcent les portes du bastion et hissent un drapeau bleu, blanc rouge au bout du mât tandis que les Allemands agitent un drapeau blanc et sortent des casemates les mains sur la tête. Les camions US arrivent et embarquent les prisonniers sous les huées générales...".




Le 20 septembre vers 16h, le lieutenant Günther Braeckow, commandant la position, accepte la reddition à la Task Force A de l'US Army.

Les troupes américaines vont alors s'interposer entre les troupes d'occupation et la Résistance comme cela fut souvent le cas dans un contexte géopolitique qui tentait alors de dénier à la France son autonomie (l'Assemblée consultative provisoire ne sera installée que le 7 novembre à Paris) et favorisait, parfois, l'exfiltration de spécialistes pouvant présenter un intérêt pour les belligérants (dans ce cas celle des ingénieurs allemands des communications et radars de la Pointe du Raz dont certains seront retenus plus d'un an aux USA) ... Audierne et le Finistère sont libérés.



Les citations sont extraites de:

Y. Trividic-Bouër (2011) "L'Oubli ne sera pas leur second linceul/ An disonj ne rank ket beza ho eil sebeilh".


Autres éclairages:

JJ Doaré et A. Le Berre AS3P (2006). Pointe de Cornouaille 1940-1944.

J. Danzé, A. Le Berre, S. Le Bour, J. Morvan et B.Schavsinski.(2017). Guerre des Ondes-Guerre de l'Ombre. Pointe du Raz 1939-1944.


Photos actuelles de M. Van Praët, photos du 20 septembre 1944 (entrée de Lézongar et sortie des prisonniers allemands) de Y. Moalic.

 

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