Les femmes du Cap Sizun dans l'univers de la carte postale


La présentation des activités féminines perçue à travers le filtre des cartes postales et de leur commercialisation, est nécessairement subjective.

Aucune archive n’est la réalité et, comme avec toutes les informations, seul le croisement de sources diverses permet de tendre à une relative objectivité. Les cartes postales sont néanmoins riches de données à travers ce qu'elles donnent à voir du vécu des femmes capistes et, pour partie, par les sujets qu'elles privilégient ou au contraire traitent moins, voire qu'elles n'évoquent pas.


Il était une fois des femmes des champs et des bourgs...

plus ou moins figées par les techniques de prise de vue à la charnière du XIXe et du XXe,

... et des femmes de la côte, aux activités entre terre et mer, essentielles pour compenser les aléas des revenus de la pêche.

Que ce soit sur le Cap ou à quelques encablures, sur l'île de Sein, les revenus complémentaires fournis par le ramassage du goëmon et sa transformation en pains de soude font l'objet d'une couverture médiatique par de nombreuses cartes postales (qui omettent, sauf une carte diffusée par Arthaud, sa transformation industrielle, moins pittoresque, entre autres à l'usine du Stum sur les bords du Goyen).


Mais les aléas de la pêche demeurent en tout état de cause structurants de l'organisation sociale et familiale du Cap.

En dépit du prestige des cartes postales diffusées par Villard, l'on peut s'interroger sur la part d'ambiguïté que recèle la propension à mettre en scène la misère dans cette carte n°1531 "Chez un pêcheur sardinier un matin de chômage à Audierne", voire dans les divers tirages du "Type de fumeuse bretonne de la Pointe du Raz".


Mais si l'on considère l'image de la femme capiste véhiculée par la carte postale, c'est probablement en premier lieu, de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle, celle d'une "icône de la Foi".


Sur l'autre bord du Raz, l'image de la femme de l'île de Sein serait pour sa part, du moins dans les cartes postales, moins celle d'une icône de la foi que celle d'une foi doloriste marquée par l'attente et la crainte de la perte d'un époux, d'un enfant, d'un frère.


Il est un autre lieu, hors des pardons et des chapelles, où la femme apparaît centrale dans les cartes postales de la même période du Cap, c'est le marché, en particulier celui d'Audierne, où elle vend et achète les produits de la terre et de la mer, voire tient boutique ou débit de boisson.


Même si les cartes postales qui y font référence sont beaucoup moins nombreuses et moins diversifiées que celles consacrées aux précédents sujets, les sardineries et l'activité dentellière sont deux composantes incontournables de l'image des activités professionnelles des femmes capistes sur plusieurs décennies.

Les activités féminines dans ces deux secteurs peuvent sembler artificiellement juxtaposées, si l'on s'en tient aux cartes postales.

L'une et l'autre sont pourtant en lien avec l'économie de la pêche. C'est une évidence dans les sardineries mais aussi dans le développement de l'activité dentellière, conçue comme une activité susceptible d'apporter des revenus complémentaires face aux aléas de la pêche.


Ces deux activités présentent d'autres liens, omis dans les cartes postales et parfois dans les mémoires.

La manipulation du poisson a une connotation sexuelle, péjorative pour des femmes que l'on veut de bonne moeurs ; de plus les employées des conserveries, "perverties" par la vie en usine, manifestent, se syndiquent ... (mais les cartes postales capistes ne traitent pas de ces aspects, contrairement à ce qui peut être le cas, exceptionnellement, dans d'autres régions).

Parallèlement, la promotion de la dentelle d'Irlande à l'initiative de Mme de Lécluse en 1904, s'appuie pour une part sur une activité ancienne et tend à développer l'économie du Cap, mais tente aussi, pour une autre part, à procurer une activité plus digne de l'image que l'on souhaite alors donner des femmes capistes, au début du XXe siècle.


Dans l'univers de la carte postale, il faut attendre plusieurs décennies pour voir apparaître une image féminine apaisée voire épanouie, mais c'est là, peut-être, une part de la réalité sociale bien au-delà du Cap.

C'est naturellement le temps des congés payés et de l'émancipation par l'enseignement, libération qu'illustre la célèbre carte postale de "Jean" : "le saut au-dessus du gouffre".... même si cette image de libération est créée au prix d'un cadrage trompeur, voire d'une double manipulation de l'image, du fait de la colorisation du cliché noir et blanc.




Au plaisir d'échanger à ce propos, dimanche 1er mai salle "Chez Jeanne"

29780 Plouhinec lors de l'exposition organisée par Aphilacart.


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