Evolution de la grande plage d'Audierne en plus d'un siècle

Dernière mise à jour : 30 avr.

Les cartes postales sont de remarquables supports d’émotion et de plaisir. Elles ravivent des souvenirs et peuvent illustrer les transformations d’un lieu précis connu ou inconnu, d’un paysage, de l’urbanisme, de la mode…

Leur examen permet également de déceler des transformations techniques, dans leur cas par exemple celles de la photographie et de l’impression, mais aussi des évolutions de la façon de percevoir et diffuser un sujet à un moment donné.

Aucune archive n’est la réalité et, comme toutes les productions humaines, seul le croisement de sources diverses permet de tendre à une relative objectivité.

Le recours dans ce post à une diversité de photographes et d’éditeurs de cartes postales ne suffit pas à leur donner un statut documentaire objectif. Néanmoins, elles demeurent riches d’informations sur les transformations des paysages qui nous entourent, ainsi que sur les regards portés sur eux.


L’exploration des paysages porte ici sur un lieu précis d’Audierne: sa grande plage, dite de de Trescadec par rapport au petit phare qui la domine. Le choix des cartes présentées ne vise pas à présenter une collection ou un éditeur, mais de confronter notre regard à celui de photographes et d'éditeurs de cartes postales et à ce qu'elles peuvent nous dire du maintien et de la transformation de cette plage, sur près d’un siècle et demi.


1890-1920 Vues pittoresques d'une plage "propre" et de deux sociétés liées, peu ou prou, par l'industrie du goëmon.

Ces prises de vues réalisées à la charnière du XIXe et du XXe siècle peuvent être perçues, par les uns, comme des cartes postales bucoliques dont la commercialisation, par des éditeurs diffusant leurs cartes sur toute la France, correspond à la promotion touristique d'Audierne, desservie par le chemin de fer à partir de 1894.

D'autres observateurs seront marqués par la dimension pittoresque du brûlage du goëmon ... même s'il s'intensifie en réalité avec la construction de l'usine du Stum dans les années 1870 pour la préparation industrielle de la soude et plus encore de l'iode dont on vient de découvrir les propriétés antiseptiques.


Cette carte postale éditée par Artaud (série Gaby) quelques années plus tard est sans nul doute moins bucolique que les cartes postales précédentes diffusées par Giffard (Audierne pittoresque n°26. "La plage à marée basse - Le môle") et Le Delay (La Bretagne n°968. "La plage, les rochers du Pouldu . Les phares, les villas"). Elle témoigne pourtant indirectement de l'évolution de la plage de Trescadec et pousse à s'interroger sur la dynamique de la plage et le probable affaiblissement de sa dune pendant les années 1879 à 1950, du fait du ramassage systématique du goëmon.


Parmi vous, d'autres encore seront sensibles à la présence de quelques villas, dont on peut noter qu'elles sont peu nombreuses mais, dès cette époque, construites sur la dune.

D'autres encore seront intéressés par le choix d'Arthaud et Nozais (n° 956) d'avoir fait un premier plan sur de jeunes enfants habillés en tenues locales, alors que Lévy (n°61) photographie, à l'inverse, une jeune femme possiblement en villégiature ou habitant l'une des villas... quelles étaient les relations entre ses parties de la société ?


1920-1940 Le développement de la villégiature, des cabanons de plage et de la couleur.

Les cartes postales de cette époque d'Avant-Guerre font écho au développement de la villégiature ; de manière claire ces trois cartes sont d'ailleurs titrées "la plage".

Les cabanons de plages se multiplient à la lisière de la dune.

La plage est "propre et nette" tandis que la dune ne porte toujours que peu de villas.

Ces 3 cartes postales ont été édités par L. Lévy (n°62 "Le phare et le Môle"), la Compagnie des Arts Photomécaniques (n°23 "Audierne - Scènes de Plage") et la Collection Pierre/ Combier ("Audierne - La plage", cette carte existe avec diverses colorisations chez différents diffuseurs).


La Seconde Guerre fait de la plage et de la dune de Trescadec des espaces interdits. La dune est minée et la plage parsemée d'obstacles contre d'éventuels débarquements.

Des photos comme celles de la libération d'Audierne, le 20 septembre 1944, montrent entre autres la reddition des soldats allemands traversant la dune, mais elles ne semblent pas avoir fait l'objet d'une commercialisation sous forme de cartes postales, même si certaines ont été reproduites en un grand nombre d'exemplaires.

Les photos évoquées ci-dessus, figurent entre autres dans "Pointe de Cornouaille. 1940-1944" de JJ. Doaré et A. Le Berre paru en 2006. Cet ouvrage est devenu difficile à se procurer, mais elles sont également reproduites dans "L'oeil de l'Atlantique" de J. Danzé, A. Le Berre, J. Morvan et B. Schavsinski paru en 2017.


1950-1960 La liberté de construire, stationner et camper "sauvage" sur la dune.

Les cartes postales diffusées durant cette période, entre autres par "Jos" et par "Jean", témoignent particulièrement bien, sans qu'il soit nécessaire de les commenter longuement, du besoin de liberté à une époque où le contact avec la nature est vécu sans contrainte voire, pendant une période de quelques décennies, sans prise en compte de son éventuelle préservation.

Ces cartes postales témoignent de la végétalisation dégradée de la dune, mais le trait de côte est peu impacté sur la zone de Trescadec et Ste Edwet car la digue de l'embarcadère de Sein favorise la sédimentation des apports de sable.

Lire à ce sujet : Conséquences des aménagements portuaires sur la sédimentation dans l'avant-port d'Audierne. Alain Henaff et Olivier Jegu, 1995. Norois, t. 42, p.119-129 et aller sur le post https://www.audierneculture.com/post/le-goyen-une-ria-ensablée


La plage de Trescadec devient un terrain de jeu et la dune un espace d'urbanisation.

Ce phénomène social aura encore plus d'ampleur sur d'autres littoraux, l'émergence du slogan "Sous les pavés la plage" en 1968 n'est peut-être pas sans lien avec ce ressenti.


1970-1990 Les cabanons sont en voie de disparition, le camping sauvage est interdit, l'avant-dune reverdit ... mais la dune est bâtie.

Cette carte postale de Jean Kerisit qui fait le choix de montrer une plage de Trescadec épurée, dépourvue de baigneurs, est représentative d'un nouveau regard qui n'a fait que s'accentuer depuis en mettant l'accent sur les éléments naturels, la pureté de l'océan...


Jusqu'à aujourd'hui...

La sédimentation s'est accrue, les plages de Trescadec et Landrevet sont devenues continues, le port-abri situé sous la chapelle de Ste Edwet, patronne des marins de la Baie d'Audierne, superbement représenté par René Quillivic dans sa gravure de 1921, est comblé.


Observez les cartes postales contemporaines d'Audierne et de la plage de Trescadec, les qualités esthétiques d'un grand nombre d'entre elles magnifient la beauté des paysages, la végétalisation de la dune, la clarté des eaux... et achetez celles qui vous font plaisir car c'est aussi leur fonction.

Essayez d'accepter parallèlement la présence des laisses de mer généralement absentes des dites cartes postales. Elles participent des cycles biologiques et protègent la dune. Car, quelles que soient la revégétalisation actuelle de l'avant-dune et la sédimentation qui "gonfle" la plage depuis le môle du Raoulic jusqu'à l'embarcadère de Sein, la dune de Trescadec est désormais figée par les constructions qui la couvre, depuis le boulevard Manu Brusq jusqu'au boulevard Jean Moulin.

Dans ce contexte, même si la plage de Trescadec est moins fragile que la majorité des autres plages de la baie d'Audierne, son trait de côte n'est pas à l'abri de reculs brutaux lors de tempêtes hivernales, en particulier dans le contexte actuel de montée du niveau des océans.


Dimanche 1er mai:

Exposition de 9 à 18h, entre autres sur ce thème, au salon des collectionneurs organisé par Aphilacart, Salle "Chez Jeanne" à Plouhinec 29780.

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